Banane Agricole

16 août 2012
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Retour au pays, pas « natal » comme celui d’Aimé Césaire, mais au pays de l’enfance. Gourdon, Rampoux, la vallée verte où l’Ourajou coule des jours heureux, et là, en haut de la colline de chênes (espérons les truffiers !) : Salapès. La maison de mes parents, le repère des étés rougeoyants de soleil et de vin de Cahors.

Le Lot, pays du foie gras

Et c’est parti pour la fête au village, le repas champêtre de Lavercantière, pour les flageolets au lard, dont mon père avait une année mythique fait tomber tout un saladier (dans son gosier, bien sûr !).

Sous des serres bâchées, des bancs d’école, de longues tablées, où les gens du coin sont au coude à coude avec les «vacanciers», comme on les appelle ici, mi-tendresse, mi-mépris. Nous voici donc, ma mère, mon père et moi, à côté de personnes que nous ne connaissons pas et, petit à petit, le vin de table aidant, nous nous trouvons des connaissances communes et ça cancane, ça rit.

En face, Ilidio, un portugais qui travaille à la torréfaction des noix à l’usine Bargues du village. Ces noix, savez-vous qu’elles se retrouvent dans toutes les glaces que vous achetez en supermarché ? A ma droite, un monsieur qui manque de m’éborgner à chaque coup de fourchette. Son nom est Yves Bargues (comme l’usine, car après tout, Bargues est un nom typiquement lotois).Il a le visage labouré par le labeur des champs, les mains gonflées par les coups de pioche et la terre au bout des doigts.

avec Yves, mon voisin de table

Il me raconte la vie d’antan. La vie de la campagne. Toute sa famille dormait dans une seule et même chambre. A chaque coin de la pièce, un lit. Quand ses parents faisaient l’amour, il s’assourdissait d’un oreiller par oreille. Quand sa petite sœur vit le jour, c’est « fumante » qu’on la lui tendit ! Le matin, pour avoir les mains libres et exécuter ses tâches quotidiennes, leur maman leur donnait un sucre, pour les calmer un peu. « Maman… Sucre ! » criait Yves quand il entendait le grincement de la porte du placard à victuailles.

« Maman Sucre » est le titre du livre qu’Yves a écrit pour transmettre son témoignage de paysan, de l’enfance, à la guerre, la reconstruction. Une vie à la dure, on l’imagine bien. Mais la nostalgie qui transpire de son regard montre aussi que cette vie avait une certaine douceur, un certain amour des choses simples.

Oui, Yves a la banane du haut de ses 86 ans. Et pourtant… Il est aujourd’hui le Représentant Régional de l’ANRAF – Association Nationale des Retraités Agricoles de France. Cette association, ni politique, ni syndiquée, se bat pour la retraite de ses confrères. Imaginez : toute une vie à travailler la terre pour quelques 300 euros de rémunération mensuelle. Quand je pense à certaines connaissances, jeunes, valides, diplômées, qui vivent chez papa et maman, tous frais payés et pointent au chômage à hauteur de 1700 euros par mois de salaire/argent de poche… Ca donne juste la nausée !

Bref, le 21 septembre, l’ANRAF, et Yves dans ses rangs, manifesteront à Tulle, « lieu hautement symbolique » où présidait notre Président. « Comme dit le dicton : ‘c’est au pied du mur qu’on voit le maçon’ ». Là, se tiendra un pique-nique géant, place de la Cathédrale plus exactement. N’oublions pas que tout ce que nous cuisinons, transformons, mangeons, c’est bien aux agriculteurs que nous le devons !

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2 Responses to Banane Agricole

  1. seb
    16 août 2012 at 21 h 11 min

    que du bonheur

  2. wencelius ninou
    23 août 2012 at 19 h 56 min

    très bien ma banette ce clin d’oeil en Quercy profond!!! plein de la dense énergie de ses chênes rabougris (quercus: chêne, Quercy) trouvant racines sur le causse caillou diamant noir!!!

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