La dinde est bouillie !

30 mars 2014
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Voici un mois que j’ai quitté la France.  Dans le tourbillon d’une installation, on regarde devant, pas en arrière.  Puis, les vents s’apaisent et l’on se rend compte qu’on n’a pas suivi les nouvelles, qu’on n’a pas allumé la télé, qu’on a quelque peu fermé les yeux sur le monde.  Et là, on ouvre Facebook, parce que c’est ce qu’il y a de plus pratique, qu’on se le dise…  Et on voit que Guillaume Gomez, le Chef de l’Elysée a posté le menu, classique, vertueux des belles traditions françaises, en l’honneur du président chinois.  Et l’on se réjouit.  Car ce n’est pas mince affaire pour un jeune Chef, aussi chevronné soit-il, trois couleurs vibrantes accrochées à son col de M.O.F., que de suivre dans les pas d’un Bernard Vaussion, que de servir à la première table de France.

Et on se dit que tout va lui réussir.  Pourquoi ?  Parce qu’avant toute chose, Guillaume est un excellent cuisinier doublé d’une belle personne.  Les cuivres de la République lui ont fait gonfler le cœur, pas les chevilles.  Car un Chef, à l’Elysée, est toujours sur le qui-vive, toujours d’astreinte, prêt à servir les grands dîners officiels, comme les déjeuners plus intimistes, parfois en toute dernière minute.

Nous avons eu, avec mon Chef, l’immense plaisir de visiter les cuisines de notre France, un petit matin frileux et parisien, croissants et jus d’orange à la main.  De rencontrer une brigade dévouée, puriste, joyeuse.  Nous en avons été fiers.  Nous avons été honorés.  Nous avons été accueillis avec toute la gentillesse qui caractérise notre métier.

Alors, c’est chose bien triste que de lire la diatribe de « posts » qui s’en est suivit sur Facebook.  Sur une ministre, ingrate et malpolie, qui s’est permise de critiquer ce métier, aussi grandiose qu’il est  compliqué, un sacerdoce à part entière.  Car en critiquant Guillaume, c’est toute une confrérie qui a mangé ses dents, toute une histoire, écrite à la sueur de bien des fronts, dans des casseroles bien lourdes à porter…  Et je me souviens que gamine, Bernard Vaussion m’avait hissée dans une des grandes casseroles de cuivre de l’Elysée !  Quel souvenir !

Triste.  Oui, c’est triste.  Mais ce n’est pas pour cela que j’écris sur ce blog, qui se doit en toutes circonstances de garder la banane.  Et bien flambée, la banane !  Si j’écris, ce n’est pas non plus pour m’en prendre à cette pauvre femme insignifiante (comme son gouvernement).  Non, il y a quelque chose d’absolument joyeux dans toute cette histoire.  D’une part, le fait que Guillaume, citoyen comme les autres, ait gardé la tête haute et toute sa dignité.  Et pour cela, on dit « J’achèèèète » !   D’autre part, parce que le négatif a largement été bouilli, rôti, farci par le soutien de tous les Chefs et amis.  Et là, on ne peut être que fier, heureux et glousser un peu.  Enfin !  Enfin, on voit des gens qui mouillent leur chemise, leur veste de cuisinier, pour dire haut et fort, que ça suffit, faut pas pousser mémé dans les orties !

La critique est facile.  L’art l’est beaucoup moins.  Avant de parler, encore faut-il FAIRE.  Agir.  Et respecter cette profession d’hommes et de femmes passionnés, qui se lèvent tôt le matin pour se coucher tard…  le matin aussi !  Des orfèvres qui n’ont que faire des 35 heures, qui ont toujours pendu au cœur l’envie de faire plaisir avant de se faire plaisir.  Tiens, si tous les français étaient cuisiniers, on pédalerait peut-être moins dans la choucroute aujourd’hui.  Si tous les français travaillaient autant, on ne serait certainement pas dans cette mouïse, pour pas dire autre chose !

Alors de loin, loin dans le sable, c’est tant de reconnaissance, de joie, de nostalgie pour tous ces grands moments partagés à table qui m’envahissent !  J’avais proposé à Guillaume de venir cuisiner à Dubai.  Il avait refusé (poliment, bien plus poliment que cette dame)…  Il avait peu de temps libre.  Et ce peu de temps, il se devait de l’accorder à la vie associative.  C’était pour lui une question de principe.

Laissons le mot de la fin à Monsieur Paul : « La grande cuisine, ce peut être une dinde bouillie, une langouste cuite au dernier moment, une salade cueillie dans le jardin et assaisonnée à la dernière minute. »   Voilà, tout est dit : « la dinde est bouillie ! »

2 Responses to La dinde est bouillie !

  1. Isabelle
    30 mars 2014 at 22 h 59 min

    Bien dit Annette !
    Mille bises à toi de Claude et moi

  2. Chloe Escaravage
    31 mars 2014 at 15 h 35 min

    Coucou Anne la banane! T’as parlé a rob pour Wild wadi? :P

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