Palombes à L’Oasis

4 décembre 2013
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« Moi, j’ai tout le temps faim », s’exclamait l’ami Gui Gedda.  Belle entrée en matière avant le dîner qui nous attendait ce soir-là, à L’Oasis.  Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Gui est à la Provence ce que la sardine est à l’huile.  C’est chez lui que nous nous rassemblons chaque année, au coin de la cheminée, pour un festin de grives bardées d’un lard qui dégouline nonchalamment sur des « totti » frottés à l’ail.

2 paires de frères : Stéphane & Antoine Raimbault, Gui et Dédé Gedda...

Par un beau matin d’automne, notre autre copain Jérôme, fraîchement rentré du Gers, débarrassait sa besace dans les cuisines de L’Oasis : quelques belles palombes, chassées la veille !  Beau prétexte pour un match retour aux « grivoiseries » de Gui, sans oublier d’inviter son frère et sa belle-soeur, Dédé et Annick.  C’est ainsi que nous étions installés, comme des coqs en pâte, avec notre petit coin salon rien que pour nous et pour l’apéro-champagne…  avec, en prime, notre Chef national, Stéphane Raimbault, passé côté client…

« Alors, ça fait quoi, Chef, d’être à table dans votre propre restaurant », le taquinais-je…  Et bien, ma foi, somme toute, ça avait l’air de bien lui plaire, à Chef !  Il avait un peu de mal à se souvenir d’une de ces rarissimes occasions où il s’était fait servir dans sa maison, mais ce dîner-là, à mon avis, il n’est pas prêt de l’oublier de si tôt !

Revenons-en à nos moutons.  Les Gedda avaient la dalle, l’estomac au bord des yeux, mais certainement pas les yeux plus gros que le ventre.  Très capables, les Gedda !  Adversaires de taille face au repas, goulu, généreux, peut-on oser « gargantuesque » ?   Quant à moi, je savais pertinemment que je ne jouais pas dans la même catégorie.  Alors, tactique de Sioux, j’évitais les feuilletés, le pain, pour laisser le plus de place possible dans mon estomac…  Ah, il faut avoir la santé, j’vous l’dit !  Amuse bouche en trilogie avec un coquet œuf caviar (trop dure, la vie!), Jazz Méditerranée sur une huître et un oursin…  Début des hostilités !  Puis, festival : le pot au feu de foie gras et légumes oubliés, qui n’ont pas oublié de faire chabrot…  très chic, cette pratique rustique !  Je crois que les assiettes à soupe de L’Oasis n’avaient jamais connu l’affront de baptiser leur porcelaine au vin rouge !  Et vole la palombe, en bécasse, vite rattrapée par le lièvre à la Royale, en parmentier, s’il vous plaît !

En cuisine, Antoine Raimbault scrute les retours…  elles sont vides, bien vides, nos assiettes…  « Et dites, moi, elle à tout mangé aussi, la Banane? », claironnait-il d’incrédulité…  Puis François Raimbault de descendre de sa pâtisserie, avec cette même question pendue aux lèvres…   Oui, oui, tout fini.  Mais désolé, Chef, la Caravane des Dessert, j’ai juste pas pu.  Les Gedda ?  Même pas peur, ils ont fait honneur au chariot de babas au rhum, Saint-Honorés, éclairs…  et fait un sort aux mignardises, macarons, chocolats !

A ce moment précis, j’étais affalée dans mon siège, la serviette sur un ventre bien tendu qui aurait pu servir de plateau à mon verre de vin, presque du mal à respirer, une belle envie de m’endormir, de ses sommeils profonds, lourds et cajolants.  Le souci, c’est que pour aller se coucher, encore fallait-il arriver à s’lever !  Et là, les talons prenaient d’un coup d’un seul une sacrée claque.  C’est quelques kilos immédiats de plus qu’il leur fallait supporter !  Et cette histoire a duré deux jours, deux jours entiers où on n’a tout simplement plus faim.  Les Gedda, eux, ont certainement rattaqué dès le p’tit dej du lendemain.  Tout est bien qui finit bien : il faut vivre pour manger et non manger pour vivre à L’Oasis !  Merci les Chefs !

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