Première banane… dans le sable…

25 février 2014
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Voici plus d’une semaine que je suis arrivée à Dubaï…  Bizarrement, cette expatriation réalisée en 6 mois jour pour jour, s’est passée le plus harmonieusement possible.  Prise de décision.  Quitter la France.  Job en poche, providentiel.  Genre pas un travail dans un de ces hôtels de chaîne démesurés de quelques 2000 employés…  Non, un job « normal », comme notre Président.  Qui plus est, pour un restaurant, qu’un seul restaurant, qui n’est pas encore sorti du sable, mais devrait être opérationnel à la mi-mai, si tout va bien.

pas très loin de Liwa

En France, douce France, quand on dit que les travaux seront finis en mai, on sait bien qu’ils aboutiront en septembre…  au mieux !  Mais c’est par manque d’organisation.  Ici, cela peut-être parce qu’une autorisation gouvernementale arrive trop tard, mais pas par manque de volonté. Il y a une main d’oeuvre sur-abondante, des gens qui bossent, des heures pas possibles, qui en veulent.  De l’enthousiasme.  L’envie de créer.  D’obtenir des résultats…  pas des acquis !  A quel prix ?  Oui, c’est un pays à deux vitesses, mais quel pays ne l’est pas.  D’un côté, nous avons passé un weekend, délicieux, dans un hôtel improbable, au milieu de rien, dunes à perte de vue, luxe débordant.   Sur l’autoroute à 6 voies (oui, 6 voies), dunes à droite, dunes à gauche, nous étions suivis par des bus entiers de travailleurs somnolents, avachis par la dureté du labeur.  Oui, cela existe.

Un pays, quand on s’y installe, ce sont les petites différences que l’on remarque et que l’on oubliera vite, par habitude.  Le fait d’attendre qu’on vous fasse le plein à la station essence, sans jamais sortir de son véhicule ; le « sunshine butler » de l’hôtel dont le seul et unique rôle, ou presque, est de nettoyer vos lunettes de soleil à la plage ; l’impossibilité de se faire son propre café au travail, car Francis y est préposé; les taxis qui vous font faire le tour de la ville pour 5 euros ; les soles bradées à même pas 10 euros les 5 sur le marché…  une vie facile et pratique où le service client est si important qu’on ne daigne pas attendre 5 minutes entre le moment où l’on a commandé son verre de vin et le moment où l’on est servi, qu’on est confus d’entendre les excuses, monumentales, prononcées par un voiturier qui n’aurait pas donné accès à la place de parking assez vite…  Tout cela nous choque, nous perturbe et nous désoriente.  Et je me méfie.  Car, s’il faut, d’ici quelques temps, cette abondance de luxe me semblera dangereusement normale.

Dans le quartier où je travaille, dans un bureau, sans cuisine, sans plongeurs, sans mes « Titous » de L’Oasis, les trottoirs sont en marbre, d’une propreté qui dérange par manque de vie.  Les bâtiments rivalisent d’extravagance, défient le ciel, chaud et aveuglant, même en ces mois d’hiver.  Mes yeux souffrent de la lumière chaude et brûlante, alors que nous sommes bien loin de la torpeur de l’été…  mais il y a ici de l’audace.  Cette audace qui nous manque si cruellement dans notre vieux continent.  Cette audace qui veut du résultat, plus que de l’argent, parce que l’argent, ici, il est partout, comme le sable.

Ah oui !  A Dubaï, vous avez intérêt à aimer le sable, à en manger matin, midi et soir.  Ça tombe bien.  Le désert, comme la montagne, ça vous gagne !  Dans son immensité, on s’y perd pour s’y retrouver.  On ferme les yeux pour sentir le vent vous transpercer de partout (j’ai bien dit partout).  On s’y sent si libre.  Sous les étoiles, infinie verticalité.  Au milieu du sable, infinie horizontalité.  Par moment, on pense que l’on va croiser le petit Prince…  et parfois, il me semble avoir passé mes mains dans ses jolies boucles blondes ! Merci Mr. E !

5 Responses to Première banane… dans le sable…

  1. Véronique THIBAUD
    26 février 2014 at 12 h 41 min

    Salut Anne, j’adore lire ton blog, tu es très douée et j’ai hâte de lire la suite….
    A bientôt et bon continuation pour ta nouvelle vie.

  2. Sophie
    26 février 2014 at 13 h 52 min

    Ça donne envie… On vivra ton aventure par procuration sur Annelabanane !
    Bisous
    Sophie

  3. 3 mars 2014 at 10 h 36 min

    J’ai lu avec plaisir tes premières impressions sur ce lieu magique perdu au milieu des sables. A chacune de mes visites à Dubai, je ressens ce que tu décris si bien. Quand j’évoque la beauté particulière de cet émirat, ici en France, on me renvoie avec une condescendance un peu méprisante et bien française au gigantisme luxueux forcément superficiel etc… Critique répétée à l’envi par ceux qui n’y sont jamais allés et qui ne risque donc pas d’y rencontrer le petit prince, qui y vient souvent pourtant !.

  4. Josiane Piedfort
    6 mars 2014 at 21 h 53 min

    Toujours un beau texte imagé, qui fait voyager et rêver. Ne perds pas ton âme dans le sable, elle est si belle, ne change pas reste Bananette. Bisous

  5. Eliane
    19 mars 2014 at 14 h 01 min

    Excellent!
    D’ici, Dubaï, ‘est un enfer de pierres, de batiments, un paradis pour les architectes modernes mais pas pour les autres. En fait, comme partout, il faut y vivre et bien sûr y vivre bien avec un compte en banque qui permette de faire plus que joindre les deux bouts. Mais c’est bien partout pareil et au moins à Dubaï, il y a la mer, le désert qui permettent de s’évader à chaque moment de liberté.
    En fait, ce n’est pas loin de l’ambiance américaine: on y est bien dans ce pays où nous avons vécu toi et nous mais que cela fait plaisir de retrouver la France, ses vieux villages perchés, cette impression (!)vraie d’être dans un lieu chargée d’histoire avec toutes ses qualités et tous ses défauts!
    On attend la suite!

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